

A savoir quelqu’un qui s’accroche à une personne comme le lierre s’incruste dans le mur de pierre ou grimpe contre le tronc de l’arbre, le long des branches.
Ce mot définit le poète RUMÎ.
« Il est survenu, l’Amour
Comme le sang, il coule dans mes veines
Il m’a vidé de moi
Il m’a rempli de l’Aimé
L’Aimé a envahi
Chaque parcelle de mon être
De moi ne reste qu’un nom
Tout le reste c’est lui
Quatrain 325.

RUMI , les Iraniens le désignent sous le nom de MOWLAVÎ , traduction (« notre Seigneur »). Les Turcs l’appellent MEVLANA (« notre Maître). Les Occidentaux sous le le nom de RUMÏ ( « L’Anatolien »). Son nom de plume : KHÂMÛCH (« Le Silencieux »). RUMÎ n’a qu’un désir : célébrer l’Amour .Il sera initié à l’Amour par un mystérieux derviche : SHAMS de Tabriz. Le 9 novembre 1244 , SHAMS fait irruption dans sa vie.
Pour RUMÎ ,cette rencontre le fait naître à lui-même. RUMÎ abandonne son enseignement théologique, quitte ses disciples pour se consacrer entièrement à SHAMS. Bien entendu, les uns et les autres pensent que RUMÎ est sous l’emprise de SHAMS. Mais RUMÏ leur répond :
« Shams de Tabriz est la forme de l’amour. » Ghazal 1295.
Dès lors, RUMÎ se convertit à la « religion de l’Amour ». Cette religion est ouverture et ascension, « au-delà de l’au-delà ».
Voici ce que déclare SHMAS à RUMÎ :
« Ne te contente pas d’être théologien
Demande plus que cela !
Désire plus que d’être un soufi
Que d’être un gnostique.
Désire toujours plus que ce qui vient à toi
(…)Plus que le ciel ! ».
Shams-e Tabriz – Maqâlat.
SHAMS devient le compagnon de RUMÏ pendant 4 ans . Puis il quitte RUMÎ , il l’avait prévenu. Il part du principe que RUMÎ ayant acquis une maturité spirituelle suffisante, il peut engager la séparation. Parce que l’Amour se doit de pratiquer l’Absence qui attise le désir. Séparé de SHAMS , RUMÎ se maintient dans l’esprit, dans l’amour de SHAMS. Il peut alors composer son oeuvre lyrique. En écrivant l’Amour, RUMÎ le vit intensément, présentifie SHAMS.
Le Ghazal
En poésie persane, c’est la forme par excellence de la poésie lyrique.
C’est un poème court, et ses thèmes sont invariablement : l’amour, la nostalgie, l’ivresse ou la beauté.
Il place au premier plan l’amant, l’Aimé, il est question de l’union ou de la souffrance de la séparation.
Le Ghazal nous renvoie dans un monde idéal, en contact avec la notion de sublime. La seule réalité est celle de l’Amour ; tous les éléments du cosmos expriment l’idéale beauté de l’être Aimée.
La veine bachique innerve également le ghazal. Le poète en appelle à l’échanson pour qu’il verse le vin servi autrefois à la cour, ou bien celui que l’on partage avec l’Aimé(e) dans l’intimité amoureuse, ou encore celui que l’on boit seul pour oublier le chagrin. C’est aussi le vin mystique de l’inspiration divine.
L’œuvre : La Religion de l’Amour.
Florilège de ghazals La Religion de l’Amour.
1. Le Bien-Aimé est pour RUMI une manifestation théophanique ( manifestation de Dieu). En conséquence, dans l’ensemble de son œuvre, l’amant ne se contente pas d’aimer l’Aimé, il se prosterne devant Lui. Il est présent partout, se manifeste dans toute la nature.
Dans l’amour mystique, ce qui est en jeu, c’est le processus du dévoilement.

C’est Lui
(…)
Quand je vais au désert, l’oasis, c’est lui
Quand je monte au firmament, l’étoile, c’est lui
Quand je prends patience, ma tutelle, c’est lui
Quand je brûle de douleur, l’encensoir, c’est lui
(…)
Quand j’écris une lettre à l’attention d’un ami
Le papier et la plume et l’encre, c’est lui
Lorsque je me réveille, il est fraîche conscience
Lorsque je veux dormir, dans mon sommeil, c’est lui
Quand je cherche pour mes poèmes une rime
Dans l’esprit, l’épandeur des rimes, c’est lui
Quelque forme que tu imagines
Tels le peintre et la plume, dans la tête, il y a lui
(…)
Si tu dépasses les six directions, l’arbitre, c’est lui
Shams de Tabriz, bonheur, il est de nature solaire
Il est solairement lui-même digne de lui.
LAR – n° 2251

2. La commotion intérieure produite par l’expérience de l’amour provoque chez RUMI des images surréalistes. Soit un monde « imaginal ».
Stupeur
Mon idole à la main me donna un balai
Et dit :
« De la surface de la mer, soulève de la poussière. »
Puis il brûla ce balai par le feu
« De feu, fais apparaître un balai. »
De stupeur, je me suis prosterné
(…)
Les bougies successives par mes têtes enivrées
Partout
De l’Orient à l’Occident s’étaient allumées
Dans le non-espace l’Orient et l’Occident
Que sont-ils
Une chaufferie sombre, un bain en activité
Ton humeur est trop froide, n’as-tu point de nausée ?
(…)
Ô Lui
Que le jour et la nuit auraient honte d’évoquer
Shams de Tabriz, soleil de la foi
Le Roi
Il me maintient ivre, assoiffé de vin, assoiffé.
LAR – n°1095.


3.- RUMI , parmi les nombreux poètes, a chanté l’Amour, il l’a expérimenté. Il évoque l’ivresse d’accueillir l’Aimé dans le cœur et aussi dans l’âme.
Et il arrive que l’amant livré entièrement à la présence de l’Aimé, ce processus génère la confusion des identités, le poète parle alors à la première personne, il est devenu lui-même l’Aimé. S’opère alors la fusion des essences.
Toi et moi
Bienheureux l’instant où nous serons assis à la terrasse, toi
Et moi
Deux images et deux formes, mais une seule âme
Toi et moi
Le bruissement des bosquets et le chant des oiseaux
Donneront de l’eau de la vie
Lorsque nous entrerons ensemble au jardin
Toi et moi
Les étoiles du ciel viendront nous contempler
Et nous leur montrerons notre lune
Toi et moi
Toi et moi sans toi et moi serons réunis par la joie
(…)
Alors que nous sommes l’un en Iraq et l’autre au Khorasan
Toi et moi
Une image sur cette terre et sous une autre forme
Au paradis éternel et au pays du sucre
Toi et moi
LAR- n° 2214.
Pour RUMI , seule la Poésie peut exprimer l’Amour . Ce genre littéraire a cette capacité de définir et de décrire la force de l’Amour qui consiste à accéder pleinement au cœur de l’Aimé, d’en embrasser son âme. La Poésie tient lieu de lumière qui inonde l’ensemble de l’œuvre : La Religion de l’Amour.
L’aimé-Lumière, pour être en accord avec la signification du nom de SHAMS : « Soleil ».
« Nous ne venons au cœur que par le cœur
Pas un instant, nous nous tenons hors du cœur
Comme le roseau à la tête coupée
Nous avons tout perdu et tout gagné
Nous ne méritons rien que le feu de l’amour
Comme de l’amant, le cœur consumé.
Nous sommes les atomes du soleil de l’amour
Lève-toi, ô amour ! que nous puissions nous lever ! »
Ghazal n° 1555.
CONSEIL de LECTURES :
- Elif Shafak, Soufi, mon amour, Paris, 10/18, 2011, 480 p.
Roman qui met en scène la relation entre Shams et Rûmî, en parallèle avec la découverte du soufisme par une quadragénaire américaine en 2008.
- Nahal Tajadod, Roumi le brûlé, Paris, , 2004, 413 p.
Ce livre retrace la rencontre de Rûmî et Shams, dans une prose romancée et poétique.

– source wikipedia


HAFEZ . Le XIV ième siècle.
Shams al-Dîn Muhammad Shîrâzî [1], plus couramment appelé Hâfez, est le poète lyrique persan le plus connu, universellement considéré comme le maître du ghaza
Né à Chiraz entre 1315 et 1317, il passe dans cette capitale culturelle florissante la plus grande partie de son existence, plus ou moins proche de la cour et du souverain au pouvoir. C’est là qu’il meurt, en 1389, au terme d’une vie dont nous ne savons que peu de choses.
Peut-être Hâfez a-t-il rédigé de nombreux ouvrages. Peut-être est-il l’auteur de livres savants écrits dans une prose ordinaire. Étrangement, toutes les informations biographiques et bibliographiques semblent dans son cas de peu d’importance. C’est qu’elles n’entament pas le sentiment tenace que Hâfez est l’homme d’une œuvre unique et magistrale. Le Divân est le seul écrit qui nous soit resté de lui. Il assure à lui seul la renommée de son auteur.
