Fragments théâtraux
Des fragments
Le mot « Ange » est de par sa consonance très évocateur, c’est la résonance d’une douceur. Sans doute parce que le sens éclaire le son, que sens et son s’harmonisent.
Qu’est-ce qu’un ange ? Une puissance secondaire de caractère sacré, un être spirituel supérieur à l’homme, inférieur à Dieu, dont il est une créature soumise ou révoltée.
Entre l’ange de lumière et l’ange déchu ou ange de l’abîme, l’ange inspire telle une muse. Sa parole est plus légère, plus fluide que celle des hommes. Entendre sa voix ? Et comment la figurer ? N’est-ce pas une gageure ?
Donc oser cette tentative de saisir l’ange, comme pour approcher un idéal, et espérer au détour d’une phrase, d’un mot, le dévoilement ou quelque révélation.
Théâtre
Ange
Folie
Malédiction
Aspiration
Angèle – Fragment
Il y a un être vivant qui s’agite au fond de moi. Il me tient compagnie, au fil des jours, il s’impose.
Il prend forme au moindre de mes mouvements. Quand il s’étire, je suis comme la corde élastique tendue au-dessus du lac. Je ris.
Il s’amuse de tout.
Je touche ma main. On dirait qu’il court sous ma peau comme la sève qui grimpe dans l’arbre depuis les racines jusqu’au faite.
Si je ferme les yeux, il s’impose à moi. Il irise mon paysage. Il me force à entrer dans les couleurs chatoyantes, je suis toute barbouillée. Les autres rient à mon passage comme à l’entrée du clown sur la piste.
Parfois il y a des portes qui se ferment devant moi. Elles se ferment et elles m’enferment. Elles me forcent à ne plus sentir, à quitter toute pensée. On dirait que l’espace se couvre de nuit.
Il y a les poignées des portes, je les approche, elles sont toutes lisses, d’un blanc éclatant. J’aime bien les caresser comme on caresse le front de l’enfant endormi.
On dirait que tout est dans l’image. J’aime bien m’y promener. Il y a un crayon qui dessine la jeune fille du tableau accroché au mur de ma chambre. Elle se penche au-dessus de la margelle du puits, je lui donne le seau à remplir. Nous rions beaucoup.
Il y a cette feuille de papier beaucoup trop vierge, sur la table, près du lit. Elle est vide, elle ne me relie pas, elle me fige. Tous les jours, elle me menace de sa blancheur livide. Comme si je n’existais pas.
Parfois elle se couvre de signes obscurs comme les vilaines taches sur mon drap. Je les frotte, je les gomme pour les faire disparaitre.
On dirait que si je parle, j’entends les mots.
Je sens les mots dans ma bouche,
Je les goûte. Ils s’imposent à moi.
Je salive, je les mâchonne, ils sont comme des boules de chocolat qui se brisent sous ma langue :
Je touche ma bouche
Je mouche la touche
Je touche la mouche
Je couche la souche.