« Tout l’univers est un seul corps, l’Iran en est le cœur. »
Nizami de Gandja
IRAN- Ispahan- Le Palais d’Ali Qapou – Tirage privé 2018.
Et d’abord un simple enchantement …
La couleur « fuchshia » … Une expression sensible de l’Iran.
La jeune femme n’a pas su que je m’attardais à l’observer ; sa tenue ou l’image d’une féminité orientale pour avoir choisi une couleur élégamment portée.
Quelle symbolique donne-t-on à ce rouge violacé ? Grâce, légèreté, gentillesse. Je pensais que son choix était bien judicieux comme si cette couleur si éclatante était une déclaration d’existence. Cette jeune femme était-elle aussi audacieuse pour être parvenue à dégager une couleur moderne, comme pour mettre à distance, sans y renoncer, le noir traditionnel du hijab?
Plus j’approfondissais l’observation, plus se révélaient des images colorées, aux tonalités chaudes , comme celles des vitraux des maisons patriciennes à Kashan. Avait-elle donc accordé la couleur de son vêtement aux lumières de ces intérieurs?
J’attendais qu’elle change de position, qu’elle se lève peut-être, ou qu’elle quitte la lecture de son téléphone portable.
Je ne sais pas pourquoi elle leva la tête, Moi je me situais sur la Meidan-e-Chah, ou « Place du Roi » et à voir plus précisément son profil, je pensais qu’elle se questionnait ou qu’elle recherchait le rayon du soleil couchant, quelque peu fatiguée par trop de concentration dans sa lecture du téléphone portable.
Et que si le soleil caressait son visage, s’il avait soin de ne rien bousculer, sans doute était-il à l’écoute du poète Kayyam :
« Mon cœur s’attache à un visage qui semble une rose. »
Puis l’enchantement de :
La Littérature iranienne
Palais Tchehel-Sotoun – Ispahan. Ou Palais royal safavide aux quarante colonnes.Tirage privé.
Statue de FERDOWSI – Téhéran – Iran – Source wikipedia.
A commencer par FERDOWSI – Début XIe siècle .
Si l’Occident a mobilisé sa jeunesse pour qu’elle lise et s’imprègne et s’enchante d’un livre majeur : L’Odyssée écrit par Homère, la jeunesse orientale , celle originaire d’Iran, se passionne pour :
Le Livre des Rois ou Shah Nâmeh
Il s’agit d’un poème épique de 50.000 distiques, rédigé en persan ancien, divisé en 3 parties.
Dernier monument de la culture préislamique et le premier de la littérature persane.
Le Shah Nâmeh a fixé définitivement l’identité iranienne. L’auteur redonne une fierté à la langue iranienne.
Ulysse et les Sirènes – Vase attique, figures noires- 525-500 av JCRostam combat le Div blanc
Ulysse – l’Odyssée .
Rostam , Le Shah Nâmeh.
Les deux grands héros de l’épopée.
Dans la deuxième partie du livre du Shah Nâmeh, nous sommes à la cour des Rois Kéyanides. Là y vivent de grands héros, aussi nombreux que les compagnons d’Ulysse.
L’un d’eux se nomme : ROSTAM. Il est doté d’une force prodigieuse. En toute situation, l’homme se révèle profondément loyal et toujours prêt à assurer la protection du trône.
Quelques lectures … Extrait n° 1 :
La naissance de ROSTAM :
« Personne au monde ne vit une telle merveille. Le nouveau-né était déjà pareil à un preux léonin, grand de corps et beau de visage. Hommes et femmes restèrent étonnés, car nul n’avait entendu parler d’un tel enfant au corps d’éléphant. La mère resta endormie par l’effet du vin pendant un jour et une nuit ; elle dormait et était sans connaissance. On cousit sa blessure et on calma toute sa douleur par le moyen des remèdes. Lorsqu’elle se réveilla de son sommeil et adressa la parole à Sindokt, on versa sur elle de l’or et des joyaux, et l’on adressa des actions de grâce à Dieu.
On lui apporta son enfant qu’on exalta comme un être céleste : il n’avait qu’un jour, mais on aurait dit qu’il avait un an ; il était comme un bouquet de lys et de tulipes. Roudâbè sourit à l’enfant et elle aperçut en lui la majesté des rois des rois.
Elle dit : « Je suis délivrée ( Rostam) et mes douleurs sont finies. Et l’on donna à l’enfant le nom de ROSTAM. »
Extrait n° 2 :
Naissance du fils de Rostam : SOHRÂB.
« Quand neuf mois eurent passé sur la tête de la fille du roi, elle mit au monde un enfant beau comme la lune brillante.
Tu aurais dit que c’était Rostam au corps d’éléphant , ou Sâm le lion, ou Naimân. Losrqu’il se mit à sourire et que son visage s’éclaira, Tahminè lui donna le non de SOHRÂB.
Quand il eut un mois, il était comme un enfant d’un an et sa poitrine était large comme celle de Rostam fils de Zâl.
Quand il eut trois ans, il s’exerçait aux jeux d’armes, et à cinq ans il avait le cœur d’un lion.
Quand il eut atteint l’âge de dix ans, personne dans son pays n’osait lutter contre lui.
Il alla trouver sa mère et lui fit des questions : » Dis-moi franchement, puisque je suis plus grand que mes frères de lait et que ma tête s’élève plus haut que le ciel, de quelle race je suis et quel est mon lignage, et ce que je dois dire quand on me demande le nom de mon père. «
A 3 km environ de Persépolis , se trouvent les bas-reliefs de Naqsh – e Radjab , d’époque sassanide. La province de Fars est particulièrement riche en bas-reliefs de cette pèriode, dont les plus célèbres sont ceux de Naqsh – e Rostam et de Bishâpur.
Ici, à Naqsh – e Radjab, sont représentées deux scènes d’investiture ainsi qu’un relief de Shâpur Premier ( 224- 241) à cheval.
Extrait n°3 :
Un discours de Rostam. Une leçon de sagesse politique.
Rostam dénonce la colère du roi Tous et lui rappelle les fondements de son pouvoir.
« C’est Dieu qui m’a donné la force et la victoire et non pas le roi ni son armée.
Le monde est mon esclave et Rakhsh* mon trône ; mon épée est mon sceau, mon casque est mon diadème ; le fer de ma lance et ma massue sont mes amis ; mes deux bras et mon cœur me tiennent lieu du roi. J’illumine la nuit sombre avec mon épée ; je fais voler les têtes sur les champs de bataille.
Je suis né libre et ne suis pas esclave, je ne suis le serviteur que de Dieu.
Les braves m’ont appelé à la royauté, ils m’ont offert le trône et la couronne ; mais je n’ai pas voulu du trône des rois, je n’ai eu devant les yeux que les coutumes, mon devoir et la droite voie. »
*Rakhsh : nom du cheval de Rostam.
Naqsh- e Rostam :
Situé à 7 km de Persépolis, Naqsh – e Rostam demeure l’un des plus importants sites achéménides et sassanides en Iran.
C’est ici, dans les falaise de Kuh – e Hossein que Darius Premier et trois de ses successeurs ont choisi de faire creuser leurs tombeaux.
Extrait n° 4:
Rostam tue Sohrâb.
Rostam se lamente sur le corps de Sohrâb. Eluminure persane (source Wikipedia)
En peinture :
Rostam tue Sohrâb.
« … Sohrâb, se tordant, exhala un grand soupir et sentit qu’il n’avait plus à penser ni au bonheur ni au malheur. Il dit à Rostam : » C’est ma faute ; le sort t’a mis en main la clé de ma mort. Tu es innocent ; c’est le ciel voûté qui m’a élevé, c’est lui qui me tue prématurément. Mes compagnons d’âge jouent encore dans la rue, et moi, mon corps gît dans la poussière. Ma mère m’a dit à quelle marque je reconnaîtrais mon père et ma tendresse pour lui m’a conduit à la mort. Je l’ai cherché pour voir son visage, j’ai sacrifié ma vie à ce désir. Hélas ! Ma peine a été inutile, je n’ai pas pu voir les traits de mon père. Maintenant, dusses-tu devenir un poisson dans la mer, te cacher dans les ténèbres comme la nuit, te réfugier dans le ciel comme une étoile, arracher du monde le soleil éclatant, mon père tirera vengeance de toi quand il verra qu’une brique est devenu ma couche.
Un de ces grands, un de ces fiers guerriers attestera à Rostam que Sohrâb a été jeté à terre misérablement pendant qu’il cherchait son père.
A ces mots la tête de Rostam se troubla, le monde devint confus devant ses yeux, son corps faiblit, la force et la vigueur lui manquèrent, il tomba, et la raison l’abandonna. »
Œuvre de Ilia REPINE : Ivan le Terrible tue son fils.
La toile montre le visage fou et torturé par le remords du tsar et la douceur du tsarévitch mourant, pardonnant de ses larmes son père. Source wikipedia.
D’autres interprétations ont été données à propos de cet assassinat.
L’œuvre a été réalisée en 1883/1885 , est exposée à la galerie Tretiakhov, à Moscou.
Rostam et Oedipe. Meurtre et identité.
OEDIPE -Détail d’un vase étrusque antique – Oedipe résoud l’énigme du Sphinx- Musée égyptien – IIe siècle .
Ce combat mortel qui oppose un père à son fils est une étape majeure dans le Livre des Rois. Le père tue son fils , ce qui bouleverse le peuple iranien à chacune des lectures.
Cet évènement tragique est rendu possible puisque le père , Rostam, et son fils, Sorhâb, vivaient dans l’ignorance de la paternité, de la filiation.
Leur rencontre débouche sur une révélation : leur identité. Ils se connaissent, se reconnaissent au seuil de la mort.
La question demeure : comment définir le destin ? Comment lui échapper ?
Œdipe comme Rostam sont à la fois innocents et coupables, c’est la caractéristique fondamentale du tragique. Ils ont violé la Loi mais à leur insu , ils n’ont pas voulu la provoquer. Ils ont rencontré la Loi, celle qui condamne tous les maux familiaux et donc sociétaux : l’infanticide, le parricide et l’inceste.
Conseil de Lecture ….. A propos de l’identité...
Livre : La Femme aux Cheveux Roux. 2016.
De ORAN PAMUK. ( écrivain turc – Prix Nobel de Littérature en 2006.
Photo : Oran PAMUK- Conférence 2009- source wikipedia;
Dans le chef-d’œuvre d’Orhan Pamuk, « La femme aux cheveux roux », l’auteur nous plonge dans une quête profonde et captivante de l’identité. À travers les yeux du protagoniste, nous sommes emmenés dans un voyage introspectif où les questions de qui nous sommes et d’où nous venons sont au cœur de l’intrigue.
Le récit commence avec le protagoniste, un jeune écrivain, qui tombe amoureux d’une femme aux cheveux roux lors d’un voyage en Allemagne. Cependant, cette rencontre fortuite est de courte durée et la femme disparaît mystérieusement de sa vie. Obsédé par cette rencontre, le protagoniste se lance dans une quête pour retrouver cette femme et découvrir son identité.
A la découverte de NEZÂMI de Gandja . XIIe siècle.
NEZÂMI de Gandja représenté sur un tapis persan d’Azerbaïdjan. source wikipedia.
NEZÂMI de Gandja : 1141- 1209. Le XII e siècle.
Il est poète, philosophe . Le lieu de sa naissance est controversé : en Azerbaïdjan ou en Iran.
Il passe la majeure partie de sa vie à GANDJA ( mot qui pourrait signifier « trésor ».
Ses œuvres sont rédigées en persan .
Il doit sa célébrité au Khamseh, un recueil composé de cinq masnavis ou « Cinq poèmes » qui nous renvoie à l’Histoire de l’Iran, à ses légendes populaires. . A savoir :
Makhzan al- Astar ( « Le trésor des secrets » – 1178.
Khosrow o Shirin – 1180. ***
Leyli o Majnûn – 1189**
« Ah, jamais il n’y eut d’histoire plus tragique Que celle de Juliette et de son Roméo ! »
Déclara William Shakespeare lorsqu’il évoque la plus célèbre tragédie amoureuse d’Europe.
Il ne se trompe pas puisque toute histoire d’amour malheureuse est malheureuse à sa façon, et sa tragédie propre est d’une ampleur unique.
Cependant, plusieurs siècles avant que Shakespeare n’écrive Roméo et Juliette vécurent deux amants dont l’existence est historiquement avérée : une fille, Layla, et un garçon, Qays, devenu « Majnûn » par l’effet de sa passion dévorante.
Plusieurs sources confirment qu’ils ont bel et bien existé. Dès avant le XIIe siècle (c’est-à-dire l’époque où vécut Nezâmi), on trouvait des contes populaires faisant le récit de l’amour tragique de Layla et Majnûn.
Trois sources écrites reprenaient une partie de ce qui avait été transmis oralement dans les fables. Naturellement, Nezâmi, lorsqu’il écrivit son poème appelé à devenir très populaire, puisa à la fois dans les fables du folklore sur Layla et Majnûn, et dans les documents écrits.
Haft Peykar ( les 7 portraits ) – 1197
Sekandar Nâmeh ( « La geste d’Alexandre le Grand » – 1201.
Khosrow découvre Shirin en train de se baigner . Enluminure persane. source wikipedia
E
*** L’histoire de Khosrow et Chîrîn
Chîrîn est la fille de la reine d’Arménie, elle est l’épouse préférée de Khosrow mais il faut imaginer toutes les difficultés , les obstacles que doit affronter le couple. Deux rivales perturbent la vie de Chîrîn : Maryam princesse byzantine et Chakkar d’Ispahan.
En outre, l’architecte Farhâd voue une terrible passion pour Chîrîn ; il se suicidera par amour pour elle. D’où le succès immense que connaît cette histoire, reprise par de nombreux poètes persans et turcs.
le poète SAÂDI . XII et XIII e siècle.
Saâdi poète persan- source wikipedia
» Ecoute avec attention ce que dit SAÂDI. Ses remarques et ses conseils te seront profitables ».
le bûstan ou Jardin des Fruits ( sentEnces)
Le poète SAÂDI naît en Perse à Chiraz- XIIe et XIIIe siècle. ( 1175/1292). Un des poètes persans de l’époque médiévale.
Il étudie à Bagdad dans l’une des plus prestigieuses universités de l’ Orient.
Il voyage en Syrie, Irak, au Hedjar; Puis il s’installe à Chiraz.
Composition du recueil le BÛSTAN :
Les dix portes du Jardin des Fruits=
La Justice
La Bonté
L’amour mystique
L’humilité
La résignation
Le renoncement
L’éducation
La reconnaissance envers Dieu
Le repentir
Prières.
le Bûstan ou jardin des Fruits- Saâdi – source wikipedia
Le Bûstan ou Jardin des Fruits – Saâdi en discussion – source wikipedia.
En 1257/58 il achève deux recueils d’anecdotes et des reflexions morales les plus connus :
le BÛSTAN : le Jardin des Fruits
le Gulîstan: le Jardin des Roses.
Le BÛSTAN ou Jardin des Fruits: histoires édifiantes et spirituelles.
Voici quelques unes de ces histoires …
TROISIEME HISTOIRE « Le ver luisant »
Vous avez certainement vu , parmi l’herbe des jardins et des prairies, ces minuscules vers, qui luisent, dans les ténèbres, comme des gouttes de feu.
Un promeneur demanda, un jour, à l’un d’eux :
Dis-moi donc pour quelle raison tu ne brilles pas pendant le jour ?
Voici la lumineuse réponse que fit ce ver flamboyant, fils de la terre :
Je reste dehors, le jour comme le nuit, mais, quand le soleil est dans le ciel, je ne suis rien. »
SIXIEME HISTOIRE « Le mort qui parle »
Un homme aimait l’amour, comme SAÂDI, et, comme lui, il avait souvent à souffrir. Malgré son renom de sagesse et de prudence, ses amis l’accusaient ouvertement de folie. Avec une patience admirable, cet homme, pour l’amour de sa bien-aimée, supportait les sarcasmes et les injures. Il se contentait de baisser la tête, comme le clou sous le maillet. La pluie affecte-t-elle le malheureux qui se noie ? Pourtant, de tristes pensées ravageaient son esprit et le déséquilibraient.
Une certaine nuit, le Diable se changea en une péri admirablement belle, qui parut devant le malheureux et s’abandonna à ses caresses.
A son réveil, l’infortuné s’aperçut qu’il n’était pas digne de faire sa prière habituelle. Il se précipita vers un bassin dont l’eau était recouverte d’une couche de glace, et plongea.
Que fais-tu ? lui crièrent des voisins. Ignores-tu que ce bassin recèle la mort ?
Silence, vous autres ! répondit-il. Depuis que j’aime, je ne vis plus … Les morts ne meurent point deux fois.
QUATORZIEME HISTOIRE « La fourmi »
Je te raconterai, mon frère, cette belle histoire dont un saint homme fut le héros. Puisses-tu avoir ses qualités !
Schibli allait vendre un sac de blé , qu’il venait d’acheter. Tout à coup, il aperçut, dans le blé, une fourmi qui vait grand’peur. Saisi de pitié, Schibli regagna sa demeure et ne put dormir. Le lendemain, à l’aurore, il se dépêcha d’aller délivrer l’insecte.
J’ai dans la mémoire ces beaux vers de l’illustre FERDOWSI :
« Ne tourmente pas la fourmi qui traîne son grain de blé, car elle vit, et la vie est admirable. »
La bougie a brûlé le papillon … Aussi, vois comme elle se consume avec des soubresauts dans sa flamme ! »
***
Sois bon, ô mon frère !
VINGT ET UNIEME HISTOIRE « La chute »
Un faux dévot fit une chute dans son escalier, et mourut sur-le-champ.
Une nuit , le fils de ce faux dévot vit en rêve son père et le questionna sur la façon dont il avait répondu aux interrogations des anges chargés de le juger.
Mon enfant, répondit l’autre, je n’ai fait qu’un saut de l’escalier dans l’enfer .
TRENTE-TROISIEME HISTOIRE « La danseuse »
Une danseuse, aussi belle qu’une péri, ondulait dans la musique d’un orchestre de virtuoses. La flamme d’une bougie – ou plutôt, les flammes des cœurs qui se consumaient autour d’elle – embrasèrent son écharpe.
Pour calmer son effroi et sa fureur, un de ses admirateurs lui dit :
Calme-toi, mon amie ! Ton écharpe , seule, a été endommagée … Considère, je te prie, que je brûle tout entier !
CINQUANTIEME HISTOIRE « La Vanité »
Un homme avait quelques notions d’astronomie et, surtout, un orgueil démesuré . Ayant appris qu’un certain Gouschiâr l’emportait, en science, sur tous les savants de l’époque, cet homme alla visiter Gouschiâr, avec morgue. Mais ce dernier ne desserra pas les dents. L’étranger, penaud, se disposait à repartir, lorsque l’astronome lui dit :
Tu es convaincu, n’est-ce, que tu n’as plus rien à apprendre ? Dans une coupe qui déborde peut-on verser encore de l’eau ? Si je te laisse partir sans avoir causé avec toi, c’est parce que ton cœur déborde d’orgueil …
Comme Saâdi , parcours le vaste monde avec humilité. Lorsque tu regagneras ta demeure, tu seras riche d’expérience.
Et quelques sentences …
Ô roi ! si tu tiens à ton bonheur, veille sur celui de tes sujets.
Accueille avec bonté les étrangers et les voyageurs. Ta renommée dépend d’eux.
Pardonne aux hommes que tu as punis.
Avant de vaincre par le sabre, essaie de vaincre par la persuasion.
Tu me demandes ce que cherchent les saints derviches qui parcourent le monde ? Ils cherchent un juste.
Ne laboure qu’avec respect : la terre est faite des yeux, des lèvres, des joues de tous ceux qui aimèrent ici-bas.
Le GULÎSTAN ou jardin des roses
Avec cette oeuvre, il initie l’Occident à la poésie persane ( traduite en 1634).
Selon Dawlatchah, un de ses biographes, SAÂDI aurait consacré 30 ans de sa vie à l’étude, 30 ans aux voyages, 30 ans à méditer et à écrire.
Ce livre comporte 8 chapitres et les thèmes sont divers et différents : amour, sagesse, moralité. Il est très étudié en Iran et dans d’autres pays.
Tout est raconté ou expliqué en un langage simple, très dépouillé. Saâdi s’accorde la possibilité d’enseigner le lecteur , de lui donner quelques leçons pour mieux vivre.
SAÂDI fait l’éloge de l’aumône, de l’hospitalité, de la justice , etc. L’homme est humble, savant et doux, qui respecte les pauvres et les rois qui les soutiennent .
Mosquée Shaia – période safavide- cliché privé
Quelques contes :
Des vertus du contentement : conte 26
Un voleur dit à un mendiant: » N’as-tu pas honte de tendre la main à chaque misérable passant pour recevoir une aumône « . Il répondit:
» Mieux vaut tendre la main pour avoir une aumône que de se la faire amputer en punition d’un vol! »
Des avantages du silence: conte 9
Je ne savais comment me décider à acheter une certaine maison lorsqu’un yahudi* me parla ainsi: » Je suis un vieil habitant de cette rue, et si vous voulez mon avis, achetez-la car je puis vous dire qu’elle est en parfait état. » « Tout serait parfait » dis-je » si vous n’étiez pas mon voisin ».
Yahudi : personne qui a violé ou mal appliqué ses principes.
Des effets de l’éducation: conte 8
J’entendis un bédouin qui disait à son fils : » Mon fils, le Jour du Jugement, on te demandera : » Quel mérite possèdes-tu? » et non » Qui est ton père? » .
Mausolée de SAÂDI – Shiraz- cliché privé
Intérieur du mausolée – source wikipedia
Un extrait de la mort du poète SAÂDI :
« En 1292, le troisième jour du mois de Djemazi el- ewel, qui correspond à notre mois de novembre, le bruit se répandit, dans Chiraz, que SAÂDI allait mourir :
(…)
Ses derniers mots :
« Surtout, petite, tu répèteras à mes frères ce que je leur ai dit souvent, tu leur répèteras que l’amour est un miroir où se reflète la face du Seigneur. Qu’ils aiment ! qu’ils s’offrent, d’une âme enivrée, aux effeuillements des douleurs ! Et pareilles aux brises qui restent embaumées des lilas qu’elles ont meurtris, leurs souffrances iront parfumer la solitude de Dieu … »
Sa tête retomba. Il n’était plus.
Ainsi mourut SAÂDI, le troisième jour de Djemazi et – ewel, qui est le mois funeste aux fleurs. »
Et ce qu’il faut savoir …
Saadi, بنی آدم اعضای یکدیگرن، که در آفرينش ز یک گوهرند چو عضوى به درد آورد روزگار، دگر عضوها را نماند قرار تو کز محنت دیگران بی غمی، نشاید که نامت نهند آدمی
Les hommes sont membres les uns des autres, et créés tous de même matière, si un membre s’est affligé les autres s’en ressentent : Celui qui n’est touché du mal d’autrui ne mérite d’être appelé homme.
Les hommes font partie du même corps. Ils sont issus de la même essence. Si le destin faisait souffrir l’un des membres. Les autres n’en auront pas de repos. Toi qui es indifférent aux malheurs des autres. Tu ne mérites pas d’être nommé un Homme.
— Saadi, trad. Orang Gholikhani
« Esq » : le désir ardent, en persan.
A savoir quelqu’un qui s’accroche à une personne comme le lierre s’incruste dans le mur de pierre ou
grimpe contre le tronc de l’arbre, le long des branches.
Ce mot définit le poète RUMÎ.
« Il est survenu, l’Amour
Comme le sang, il coule dans mes veines
Il m’a vidé de moi
Il m’a rempli de l’Aimé
L’Aimé a envahi
Chaque parcelle de mon être
De moi ne reste qu’un nom
Tout le reste c’est lui
Quatrain 325.
RUMI ou Mowlavi- source wikipedia
RUMI , les Iraniens le désignent sous le nom de MOWLAVÎ , traduction (« notre Seigneur »).
Les Occidentaux sous le le nom de RUMÏ ( « L’Anatolien »).
Son nom de plume : KHÂMÛCH (« Le Silencieux »).
RUMÎ n’a qu’un désir : célébrer l’Amour .Il sera initié à l’Amour par un mystérieux derviche :
SHAMS de Tabriz. Le 9 novembre 1244 , SHAMS fait irruption dans sa vie.
Pour RUMÎ ,cette rencontre le fait naître à lui-même.
RUMÎ abandonne son enseignement théologique, quitte ses disciples pour se consacrer entièrement à SHAMS.
Bien entendu, les uns et les autres pensent que RUMÎ est sous l’emprise de SHAMS.
Mais RUMÏ leur répond :
« Shams de Tabriz est la forme de l’amour. » Ghazal 1295
Dès lors, RUMÎ se convertit à la « religion de l’Amour ». Cette religion est ouverture et ascension, « au-delà de l’au-delà ».
Voici ce que déclare SHMAS à RUMÎ :
« Ne te contente pas d’être théologien
Demande plus que cela !
Désire plus que d’être un soufi
Que d’être un gnostique.
Désire toujours plus que ce qui vient à toi (…)
Plus que le ciel ! ». Shams-e Tabriz – Maqâlat.
SHAMS devient le compagnon de RUMÏ pendant 4 ans . Puis il quitte RUMÎ , il l’avait prévenu.
Il part du principe que RUMÎ ayant acquis une maturité spirituelle suffisante, il peut engager la séparation.
Parce que l’Amour se doit de pratiquer l’Absence qui attise le désir.
Séparé de SHAMS , RUMÎ se maintient dans l’esprit, dans l’amour de SHAMS. Il peut alors composer son oeuvre lyrique.
En écrivant l’Amour, RUMÎ le vit intensément, présentifie SHAMS.
Le Ghazal .
En poésie persane, c’est la forme par excellence de la poésie lyrique.
C’est un poème court, et ses thèmes sont invariablement : l’amour, la nostalgie, l’ivresse ou la beauté.
Il place au premier plan l’amant, l’Aimé, il est question de l’union ou de la souffrance de la séparation.
Le Ghazal nous renvoie dans un monde idéal, en contact avec la notion de sublime. La seule réalité est celle de l’Amour ; tous les éléments du cosmos expriment l’idéale beauté de l’être Aimée.
La veine bachique innerve également le ghazal. Le poète en appelle à l’échanson pour qu’il verse le vin servi autrefois à la cour, ou bien celui que l’on partage avec l’Aimé(e) dans l’intimité amoureuse, ou encore celui que l’on boit seul pour oublier le chagrin. C’est aussi le vin mystique de l’inspiration divine.