
Nouveaux Poèmes – Traduction J.Legrand-Ed.NRF. 1905
Chanson de la mer
Capri, Piccola Marina
Antique souffle de la mer,
Vent qui vient de la mer dans la nuit
Tu ne viens à personne ;
Si quelqu’un veille

Il faut qu’il veille
À te dompter :
Antique souffle de la mer
Qui ne sembles souffler
Que pour la roche originelle
Pur espace
S’engouffrant de très loin par rafales …
Oh, comme il te sent
Le figuier vivant
Là-haut dans la lune.



Guillaume APOLLINAIRE
Calligrammes
Océan de Terre
À G. de Chirico
J’ai bâti une maison au milieu de l’Océan
Ses fenêtres sont les fleuves qui s’écoulent de mes yeux
Des poulpes grouillent partout où se tiennent les murailles
Entendez battre leur triple cœur et leur bec cogner aux vitres
Maison humide
Maison ardente
Saison rapide
Saison qui chante
Les avions pondent des œufs
Attention on va jeter l’ancre
Attention à l’encre que l’on jette
Il serait bon que vous vinssiez du ciel
Le chèvrefeuille du ciel grimpe
Les poulpes terrestres palpitent
Et puis nous sommes tant et tant à être nos propres fossoyeurs
Pâles poulpes des vagues crayeuses ô poulpes aux becs pâles
Autour de la maison il y a cet océan que tu connais
Et qui ne se repose jamais
PINDARE
Pythiques, III.
Μή, φίλα ψυχά, βίον ἀθάνατον σπεῦδε, τὰν δ’ ἔμπρακτον ἄντλεῖ μαχανάν.
Paul VALÉRY
| Le Cimetière marin- 1920 Ce toit tranquille, où marchent des colombes, Entre les pins palpite, entre les tombes ; Midi le juste y compose de feux La mer, la mer, toujours recommencée ! Ô récompense après une pensée Qu’un long regard sur le calme des dieux ! |

Émile Verhaeren
Les visages de la vie
Au bord du quai
(…)
La mer ! la mer !
La mer tragique et incertaine,
Où j’ai traîné toutes mes peines !
Depuis des ans, elle m’est celle,
Par qui je vis et je respire,
Si bellement, qu’elle ensorcelle
Toute mon âme, avec son rire
Et sa colère et ses sanglots de flots ;
Dites, pourrais-je un jour,
En ce port calme, au fond d’un bourg,
Quoique dispos et clair,
Me passer d’elle ?
La mer ! la mer !
Elle est le rêve et le frisson
Dont j’ai senti vivre mon front.
Elle est l’orgueil qui fit ma tête
Comme de fer, dans la tempête.
Ma peau, mes mains et mes cheveux
Sentent la mer
Et sa couleur est dans mes yeux ;
Et c’est la houle et le jusant
Qui sont le rythme de mon sang !

Saint-John PERSE
Poésies
Amers (1957)
(…)
« Et c’est un chant de mer comme il n’en fut jamais chanté, et c’est la Mer en nous qui le chantera :
La Mer, en nous portée, jusqu’à la satiété du souffle et la péroraison du souffle,
La Mer, en nous, portant son bruit soyeux du large et toute sa grande fraîcheur d’aubaine par le monde. »



HOMERE – Odyssée- Chant IX.
Nos vaisseaux sont emportés à travers les mers, et les voiles sont déchirées en lambeaux par la violence des vents. Nous, craignant de périr, nous plions les voiles, et nous dirigeons aussitôt nos vaisseaux vers le continent.
Durant deux jours et deux nuits nous restons sur cette plage les membres accablés de fatigue et le cœur dévoré de chagrin. Mais dès que la fille du matin, Aurore à la belle chevelure, a ramené le troisième jour, nous dressons les mâts, nous déployons les voiles, et nous nous plaçons dans nos vaisseaux guidés par les vents et par nos pilotes.
J’espérais enfin arriver heureusement dans ma patrie, lorsqu’on doublant le cap Malée je me vois entouré par le violent Borée, par les vagues et par les rapides courants qui me repoussent loin de Cythère.
Pendant neuf jours j’errai sur la mer poissonneuse, emporté par le souffle impétueux des vents ; mais le dixième jour j’atteignis enfin le pays des Lotophages, peuples qui se nourrissent de la fleur du lotos ). Alors nous descendons sur le rivage, nous puisons de l’eau aux fontaines, et mes compagnons prennent leur repas auprès de nos navires rapides.
