Béatriz de Dia, Comtesse de Die
(source : Wikipedia)

Qui ne connaît pas la ville de DIE ?

Une ville qui se situe au pied du massif calcaire du Vercors, au bord de la rivière Drôme. Pour la dominer, la montagne de Glandasse culmine à 2041 mètres, que l’on peut admirer depuis les remparts, seul monument romain conservé en élévation.

Sa naissance remonte au IIe siècle avant Jésus Christ, Die ( Dea Augusta Vocontiorum), a la statut de capitale romaine, à l’époque où Rome remporte une victoire sur le peuple gaulois des Voconces.

Mais si l’Histoire retient notre attention, pourquoi ne pas s’adonner aux moments d’émotions : assister, au mois de juin, à la fête de la transhumance , au passage de 1400 brebis. Soit un joyeux concert marqué par le tintement des cloches d’où l’excitation garantie des animaux et du public spectateur.

Mais connaissez-vous LA COMTESSE DE DIE ?

Nous avons peu d’informations à son sujet. Sa naissance se situerait à Montélimar ou les environs vers 1140. Elle appartient au monde privilégié de l’aristocratie, elle est dotée d’une culture, elle a de l’instruction, ce qui la conduit sur la voie de l’écriture. Béatriz de Dia – son nom en occitan – est une  » troubairitz » ou troubadouresse ; elle développe l’art du Trobar et chante le fin’amor, joie et joven (amour courtois raffiné, joie d’amour et de jeunesse.)

Elle écrit cinq poèmes qui ont été heureusement conservés. Le cinquième avec mélodie.

Sa très brève biographie se résume en quelques lignes :

« La Comtesse de Die épousa Guillaume de Poitiers ; elle était belle et bonne, devint amoureuse du Seigneur Raimbaut d’Orange, et fit à son sujet maintes bonnes poésies. »

Elle écrit donc pour son amant, et révèle ainsi un amour passionné que caractérise la sensualité, dans l’emploi d’une expression directe sans fards. Une femme pleine d’audace se dévoile en proie au Désir amoureux, Désir qui la bouleverse, dans l’attente de douces jouissances.

Voici la traduction d’un de ses poèmes :

« Grande peine m’est advenue
pour un chevalier que j’ai eu,
Je veux qu’en tous les temps l’on sache
Comment moi, je l’ai tant aimé ;
Et maintenant je suis trahie,
Car je lui refusais l’amour.
J’étais pourtant en grand’ folie
Au lit comme toute vêtue
Combien voudrais mon chevalier
Tenir un soir dans mes bras nus,
Pour lui seul, il serait comblé,
Je ferais coussin de mes hanches ;
Car je m’en suis fort éprise
Que ne fut Flore de Blanchefleur.



Mon amour et mon cœur lui donne,
Mon âme, mes yeux, ma vie.
Bel ami, si plaisant et bon,
Si vous retrouve en mon pouvoir
Et me couche avec vous un soir
Et d’amour vous donne un baiser,
Nul plaisir ne sera meilleur
Que vous, en place de mari,
Sachez-le, si vous promettez
De faire tout ce que je voudrais. »


Un autre poème « Chantar’ mer de so  » surprend le lecteur. Le poème est déchirant. A qui s’adresse-t-elle ? qui accuse-t-elle ? Elle exprime une volonté de vengeance. Elle dénonce son amant, et tout particulièrement son infidélité.Elle s’adresse à lui publiquement, la démarche est osée. Et cette permissivité est rendue possible puisqu’elle est une femme de pouvoir, courtoise. Elle critique ainsi les manquements de son amant : l’orgueil envers elle, son infidélité à courtiser deux femmes en même temps. Il ne respecte pas ses engagements envers elle.

Elle écrit :

« Il me faudra chanter de ce dont je ne voudrais pas le faire,
Tant je me plains de celui dont je suis l’amante,
Car je l’aime plus qu’aucun être au monde ;
Auprès de lui ne me servent de rien
Ni miséricorde, ni courtoisie, ni ma beauté,ni mon mérite, ni mon intelligence. »

Femme par TROUBETZKOY- 
Musée del Paesaggio- Verbania- Italie - août 2022- Tirage privé.
Femme par TROUBETZKOY- Musée del Paesaggio- Verbania- Italie- août 2022- Tirage privé.

Vous l’aurez compris : visiter DIE ou partir à la rencontre de la Comtesse. Éprouver la satisfaction de l’enchantement, un verre de Clairette en main, des vers de Béatriz en tête, et sur les lèvres.

Et pour une mise en musique de ces vers, suivre ce podcast de de France Musique de juin 2020 : les chants oubliés de la Comtesse de Die (1140-1212)

Banc in Central Park, New York. - Juillet 2016- Tirage privé.
Banc in Central Park , New York – Juillet 2016- Tirage privé.

À NEW YORK , à Central Park, il est possible de choisir un banc pour y inscrire , en guise d’épitaphe, quelques mots d’hommage à la personne disparue;

Voici la traduction de la plaque présentée à l’écran :

 » A Meg , de la part de Wes.
Elle travaillait, riait, aimait, pleurait, et dansait dans la ville.
Nous sommes tombés amoureux sur cette île.
Elle avait pris possession de mon âme dès le début, avant même notre rencontre
.«